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20.07.03

Audiovisuel, le Profit et la Fraude

Publié, le lundi 21 juillet 2003 | Imprimer Imprimer |
Dernière modification : lundi 21 juillet 2003

En 20 ans le paysage audiovisuel français s’est profondément transformé :


privatisations de chaînes du secteur public, créations de nouvelles chaînes,
généralistes et thématiques, diffusion sur les réseaux câblés et par
satellites, généralisation de la production privée et de la sous-traitance.

Comme d’autres secteurs économiques, celui de l’audiovisuel est désormais
soumis à la loi du marché, qui fait fi de la notion de service public, et du
caractère artistique de nos professions.

D’année en année, de remise en cause du statut en renégociation, notre
rémunération, notre pression fiscale, mais surtout nos conditions de travail
ont profondément changé, de mal en pis.

Quelques exemples : -Un film de 26 minutes qui était tourné en deux semaines
par une équipe de quatre (un réalisateur, un chef opérateur, un ingénieur du
son et un assistant-chauffeur) est aujourd’hui tourné par deux personnes en
une semaine (que ce soit en Picardie ou à l’autre bout du monde).
Pour un salaire brut qui n’a pas été réajusté depuis plus de dix ans (et
souvent revu à la baisse), le net a diminué de 10% (augmentation des
cotisations, CSG,S)
Réalisateurs et techniciens ont vu supprimer l’abattement pour frais
professionnels.

Soumis eux aussi à une forte pression fiscale, à une concurrence féroce de
la part des chaînes de télévision qui sous-payent productions et
prestations, les producteurs répercutent à l’échelon suivant, c’est à dire
nous, réalisateurs et techniciens : journées de 15 heures payées 8, jours
travaillés déclarés non pas en salaires mais en droits d’auteurs (qui ne
donnent droit à aucune protection sociale et ne sont comptabilisés ni pour
les Assedics, ni pour les congés payés, ni pour la retraite),

Journées d’enquête et de préparation qui ne sont prises en compte pour rien,
ni par personne.

L’argument implicite invoqué : il y a le STATUT D’INTERMITTENTS. La
production audiovisuelle repose aujourd’hui sur ce statut, qu’on pourrait
appeler subvention déguisée et si on était juste devrait être créditée sur
tous les génériques !

L’argument choc du MEDEF est qu’il s’agit de fraude engendrée par le système
des intermittents du spectacle. Que ce statut soit fourvoyé est en principe
scandaleux et nous sommes d’accord !

Mais la faute à qui ? Ce sont les télévisions, les sociétés de productions
qui souvent sont des filiales de gros groupes de médias, ce sont nos patrons
qui ont mis en place la triche. Ce sont eux qui déclarent les employés
administratifs, comptables, standardistes, comme intermittents pour payer
moins de charges sociales.

Ce sont eux qui en l’espace de 20 ans ont déséquilibré par leur triche, le
seul système de chômage qui était excédentaire !

Ce sont eux qui sont représentés dans les négociations par ce même MEDEF.
A la bourse, le cours des actions TF1, M6, Hachette,S, se porte bien et se
portera encore mieux lorsque, au lieu de créer et de produire, les chaînes
s’alimenteront sur le grand marché mondialisé.

N’est ce pas ce que les Etats-Unis et l’OMC veulent imposer lorsqu’ils
s’attaquent à l’exception culturelle ?

N’oublions pas le précédent des accords Blum-Byrnes :

Le dimanche 4 janvier 1948, plus de dix mille personnes défilaient sur les
grands boulevards, à Paris,

avec, à leur tête, les cinéastes Jacques Becker, Jean Grémillon, Louis
Daquin, Yves Allégret et les acteurs Jean Marais, Simone Signoret, Madeleine
Sologne, Raymond Bussières, pour défendre le cinéma français contre les
accords Blum-Byrnes. Quarante-cinq ans avant la bataille pour l’"exclusion
culturelle",

le monde artistique se mobilisait déjà pour les mêmes raisons : le droit à
l’existence face au rouleau compresseur américain...

AlterDoc Collectif de réalisateurs indépendants

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