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Ce qu’il y a d’étrange avec les intermittents du spectacle, chronique de Philippe Val, France Inter, 18 novembre 2003

Publié, le lundi 17 novembre 2003 | Imprimer Imprimer |
Dernière modification : samedi 7 mars 2009


Ce qu’il y a d’étrange avec les intermittents du spectacle, ce sont les
réactions qu’ils suscitent, passionnées voir violentes même ;Les artistes de
spectacle sont une toute petite minorité de la population française, leur
débrayage n’empêche personne de prendre le train ou le métro pour aller au
boulot ; ça ne bloque pas le courrier, on ne voit pas au journal télévisé
l’éternel usager qui dit qu’il est pris en otage par ce qu’il n’a pas pu
aller voir le soulier de satin.

La différence avec les intermittents en grève et les cheminots en grève
c’est que dans le cas des cheminots ce sont les voyageurs qui gueulent par
ce qu’ils ne peuvent plus voyager tandis que dans le cas des intermittents
ce sont ceux qui ne vont jamais au spectacle qui gueulent, parce que les
intermittents font grève ; ce qui est paradoxal, ce sont les non-usagers qui
protestent par ce qu’ils sont pris en non-otage.

On comprendrait que l’acharné du spectacle, le type qui passe ces après-midi
au cinéma qui fait un saut chez lui juste pour prendre une douche et écouter
charivari, qui file en début de soirée au théâtre, qui termine ces soirées
dans les boites où l’ont fait de l’expression expérimentale... on comprend que
ce type soit gêné par le mouvement des intermittents mais bizarrement ce
sont les plus gênés qui soutiennent les intermittents avec le plus de
passion ; c’est drôle, et ce sont ceux qui ne sortent jamais de leur canapé
qui les détestent le plus.

Un peu comme dans ces villages d’Alsace ou de la campagne Picarde ou
personne n’a jamais vu un immigré mais ou l’on vote à 30% le Front National
parce que l’on pense que l’immigration pose des problèmes de sécurité
publique. Quand on y fait une enquête, l’on voit que le dernier drame lié à
la délinquance, c’est un carreau cassé par un ballon de foot en 1964.

Il s’agit donc pour une partie de l’opinion publique et de la totalité du
MEDEF de haine fantasmatique qui s’apparente à la haine de l’autre , de
celui qui est différent, étrange, inquiétant ; alors la question se pose :
qu’y a t’il de tellement inquiétant chez les intermittents qui suscite une
telle vindicte au point que lorsqu’un petit groupe de militants, pas méchant
pour deux ronds, arrive à faire entendre sa voix au JT de 20h. Le Ministre
de la culture lui-même endosse son costume du ministre de la communication
et sermonne les responsables de la chaîne sous prétexte qu’ils n’ont pas
balancé un programme de remplacement pour leur clouer le bec.

Il y a beaucoup de réponses à ces questions concernant les rapports des
citoyens et de la culture, notamment mais il y a un aspect beaucoup moins
philosophique qu’on oublie souvent d’évoquer : depuis plusieurs années on
essaie de convaincre les salariés, tous les salariés, qu’il faut se faire à
l’idée que désormais le travail devrait être flexible, et que si on
n’accepte pas de mettre de la flexibilité dans le droit du travail il ne
faudra pas s’étonner de l’explosion du chômage. Les théoriciens de la droite
nous serinent depuis des années qu’il faut modifier le code et la loi de
façon à simplifier les procédures de licenciement, ou encore, de jouer sur
les horaires en fonction des nécessités de la production ; bref de
contraindre l’homme salarié à s’adapter aux caprices du marché.

L’économie ne serait plus au service d l’homme comme on dit mais l’homme au
service de l’économie, ce qui est absurde puisque l’économie est un concept
abstrait qui ne ressent pas la souffrance alors que l’homme est un être réel
sensible à tout ce qui lui arrive.

L’homme au service de l’économie, c’est aussi fou que les programmes au
service des annonceurs publicitaires. Les intermittents sont des
précurseurs, ils revendiquent la flexibilité, ils intègrent complètement que
la vie soit faite de périodes d’activités et de périodes de repos, de
périodes de productivité et de période de réflexion. Au fond, ils prennent
le patronat à son propre piège, ils acceptent, mieux ils désirent la
flexibilité. Mais ils mettent la société en face de ses responsabilités en
lui demandant de contribuer à maintenir en vie dans des conditions décentes
ceux que des circonstances qui leur échappent mettent en situation de
non-productivité.

Ce n’est pas parce que les intermittents sont des rêveurs que le MEDEF les
hait c’est au contraire par ce qu’ils sont terriblement réalistes mais la
faiblesse des intermittents c’est leur poids électoral, ça c’est un
problème, il est nul. Et Monsieur Raffarin en a parfaitement conscience, de
même que ce qu’il lui reste d’électeur n’a que mépris pour les intermittents
comme les commerçants d’Aix-en-Provence qui les assignent en justice pour un
manque à gagner ; ce qui est quand même un comble de la bêtise et de la
vulgarité.

La faiblesse des intermittents c’est qu’ils ne sont pas patrons de bistrots
et qu’ils ne risquent pas d’inciter leur client à voter pour le front
national ; aller au spectacle ne provoque aucune maladie grave et c’est un
tort ; si les intermittents veulent obtenir gain de cause une seule
solution, qu’ils ouvrent des bureaux de tabac.


Lutter est nécessaire, construisons la puissance du nous, mobilisons-nous pour de nouveaux droits sociaux

Nous sommes tous des irréguliers de ce système absurde et mortifère, l’éditorial et le sommaire de L’Interluttants n°29, hiver 2008/2009

Sur le régime d’assurance chômage des intermittents du spectacle, Permanence CAP d’accueil et d’information sur les droits : les lundis de 15h à 18h à la CIP, 14 quai de charente, Paris 19e.
Envoyez questions détaillées, remarques, analyses à cap cip-idf.org

Pour ne pas se laisser faire, agir collectivement, venez aux Permanences précarité, les lundis de 15h à 17h30, 14 quai de charente, Paris 19e, M° Corentin Cariou. Adressez témoignages, analyses, questions à permanenceprecarite cip-idf.org



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Mise en ligne le : 18 novembre 2003



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