Immigration choisie : le choix d’une précarisation utilitaire

vendredi 12 mai 2006
Dernière modification : samedi 13 mai 2006

Ce texte est issu d’une intervention du Gisti (groupe d’information et de soutien des immigrés) lors des rencontres européennes intitulées « Fiers d’être précaires ! » (ou le renversement du discours sur la culpabilisation des chômeurs et des précaires) organisée par le réseau MayDayfr à la cip-idf.
Il a été publié dans MayDay !MayDay !, journal diffusé le 1er mai lors de la parade MayDay (4pages A3 disponibles à prix libre à la cip-idf ; sommaire : cliquer ici)

http://www.maydayfr.org/


La question des migrants, de leur rapport à l’emploi
comporte beaucoup d’analogies avec la régulation de l’insécurité et de
la peur, à cette différence près que la peur, ici, s’augmente du risque
de l’expulsion du territoire. Analogies dans la dimension du contrôle,
mais aussi du point de vue des libertés ou des droits qui sont en
cause : liberté de circuler, liberté de quitter son emploi, droit de
conserver ses papiers alors qu’on a perdu son emploi...Ce que visent
généralement les politiques d’immigration, c’est de distinguer les
migrants de manière à avoir une main d’œuvre davantage bridée,
davantage contrainte, parce que plus fragilisée socialement et
juridiquement. Il ne faut jamais oublier que c’est une vieille
histoire. La carte de résident de 10 ans a été ainsi l’aboutissement
d’une très longue lutte pour dissocier le droit au séjour de l’emploi.

Aujourd’hui, avec le nouveau projet de loi Ceseda, on
observe une série de continuités et de ruptures. Une des ruptures
principales concerne la remise en cause d’un droit au séjour déconnecté
du travail. C’est l’aboutissement d’un processus qui a débuté dès
1986 : la loi Pasqua a commencé à remettre en cause cette logique à
travers la multiplication d’obstacles pour l’accès à la carte de
résident et la fabrication de titres précaires de séjour.

Contrairement au discours commun centrée sur « combien
de migrants », la question est aujourd’hui pour le patronat de créer
une main-d’œuvre extrêmement fragilisée, dans et par le contrat de
travail. Progressivement se sont mises en place des politiques
d’immigration où l’étranger n’est plus identifié que par sa force de
travail. Et pour réaliser cet objectif, le droit au séjour doit être
précaire. La situation est certes assez bien connue pour ce qui
concerne les sans-papiers cantonnés dans des secteurs d’activité où les
garanties et les protections sont très faibles, voire inexistantes :
sous-traitance, agriculture, bâtiment, service aux personnes,
restauration... Mais cette forme de « spécialisation » présente
aujourd’hui des désavantages pour le système d’exploitation et la
stratégie de l’utilitarisme migratoire. « L’immigration choisie » se
fonde en effet sur une immigration légale. Le débat ne porte d’ailleurs
déjà plus que sur les critères de sélection, et non plus sur le
principe de la sélection elle-même. Il s’agit d’une immigration
temporaire où le migrant doit vivre en permanence avec la menace de
perdre son droit au séjour. Finalement, la caractéristique la plus
importante est celle-ci : l’immigration de travail n’est pas seulement
précarisée par la difficulté d’accès au droit au séjour, mais par la
condition impérative d’être liée à un employeur. L’extrémité étant de
livrer complètement le titre de séjour à l’employeur lui-même : c’est
le cas des salariés détachés, des salariés saisonniers, des salariés
temporaires. Les titres de séjour déconnectés du travail vont devenir
l’exception. Le fait d’être employé et même lié à un employeur
particulier va devenir la condition première. On assiste en fait à une
sorte de retour du livret ouvrier du XIXème, où le titre et le droit au
séjour seront détachés de la personne du migrant pour ne plus
s’attacher qu’à celle de l’employeur.


Samedi 13 mai, 15h place de la République :
Uni(e)s contre l’immigration jetable
Manifestation nationale contre la loi CESEDA sur l’immigration
(Rendez vous à l’angle de la rue du faubourg du temple)

Adresse originale de l'article : http://cambouis.cip-idf.org/spip.php?article2791