texte qui apparait dans le programme de l’Echangeur à Bagnolet par la cie Public Chéri

lundi 13 octobre 2003
Dernière modification : mercredi 12 novembre 2003

"Nous le savons bien :

créer nécessite

une autonomie, un sentiment

de pouvoir exercer sa liberté,

qui ne sont possibles que

si on dispose d’une certaine sécurité

face aux difficultés de la vie.

Cela suppose que chacun

soit protégé contre les différents

risques qui naissent de la maladie,

de la vieillesse, du chômage et de l’exclusion...

Conformément au principe

rappelé par le préambule de notre

constitution Française,

la Nation se doit d’assurer à l’individu

et à la famille les conditions

nécessaires à leur développement"

Jacques Chirac, le 23 juin 2003

Le 27 juin, le Medef et trois syndicats largement minoritaires dans les
professions du spectacle (CFDT, CFTC et CGC) ont signé un protocole
d’accord, agréé par le gouvernement le 7 août, qui modifie l’esprit et les
critères d’accès au régime d’assurance-chômage des intermittents.
Derrière les atteintes à ce régime, c’est l’ensemble d’une logique
d’accompagnement de la vie artistique et culturelle qui est remis en cause.

Dans le prolongement de la politique de décentralisation initiée après
guerre par Jeanne Laurent, ministre communiste, et poursuivie dans les
années 60 par André Malraux, ministre du Général de Gaulle, les institutions
françaises ont créé en 1969 un régime d’assurance-chômage qui reconnaît aux
professionnels du spectacle vivant et de l’audiovisuel la spécificité du
caractère discontinu de leurs emplois.

La mise en place de ce système de protection sociale s’intégrait dans la
logique d’une politique culturelle française résolument orientée vers la
création.

En faisant le choix de l’intermittence, plutôt que celui de la permanence
des équipes artistiques au sein des structures (comme c’est le cas en
Allemagne par exemple), la France favorisait l’échange et la circulation des
savoir-faire et contribuait à la vitalité et à l’indépendance de la création
artistique du pays.

"Une page de l’histoire

culturelle française
vient d’être tournée"
Ces propos de Jean-Jacques Aillagon, ministre de la culture, commentant
l’agrément gouvernemental au protocole d’accord, résonnent comme un lapsus.

Selon le ministre et les syndicats signataires l’accord « sauve » le régime de
l’intermittence d’une disparition pure et simple en luttant contre les
dérives de l’actuel système et en résorbant le déficit de l’Unedic.

En réalité il permet d’exclure du système un tiers des professionnels : le
ministre de la culture l’avait annoncé au printemps dernier : "il y a trop
de compagnies".

Les projections effectuées à partir du texte du protocole n’ont pu être
démenties, ni par les syndicats signataires ni par le cabinet du ministre,
elles démontrent que son application donnera lieu à des résultats aléatoires
qui rompent l’égalité des traitements, relevant plus du tirage au sort que
de la « gestion rationnelle ». Concernant les abus, l’accord ne s’attaque
aucunement aux principaux fraudeurs (les entreprises qui utilisent ce régime
pour faire du profit en ne payant pas les charges de leurs salariés à plein
temps). Il aboutit à l’exact inverse de ses objectifs officiels en
favorisant les employeurs et ceux qui ont la maîtrise de leurs déclarations
d’embauches.

Loin de garantir la pérennité du régime, il s’inscrit dans une logique de
liquidation d’une politique publique qui jusque là échappait au moins en
partie aux critères de la rentabilité immédiate.

Si nous pouvons encore parler
« d’exception culturelle française »
c’est notamment à l’existence
du régime de l’intermittence
que nous le devons
C’est entre autres grâce à ce dispositif que de nombreux lieux et équipes
artistiques - comme le Théâtre l’Echangeur et la cie Public Chéri -
produisent et accueillent des formes audacieuses, développent une pratique
artistique au sein d’ateliers en direction des amateurs, et proposent des
tarifs non discriminatoires pour l’ensemble de leurs activités.

A travers la défense du régime de l’intermittence, les professionnels
concernés ne revendiquent pas de « privilèges », mais le maintien d’un
dispositif de solidarité interprofessionnelle garantissant l’indépendance et
les moyens d’une politique culturelle d’intérêt public.

Cette « réforme » n’est pas une attaque isolée contre une corporation mais
s’inscrit dans une offensive libérale contre la notion d’intérêt général et
de service public, à travers l’éducation, la santé, la recherche, la
culture... Elle vise à soumettre l’ensemble du système social aux lois
exclusives du marché pour le compte d’intérêts particuliers dans le cadre
d’une stratégie d’envergure mondiale.

Face à ces agressions répétées contre les fondements de la cohésion sociale
et l’idée même de solidarité, la question d’une alternative à construire est
posée.

C’est dans cette perspective que le Theâtre l’Echangeur et la cie Public
Chéri s’inscrivent résolument au sein du mouvement actuel des intermittents
et du mouvement social en général.

le 11 septembre 2003

"Quand le gouvernement

viole les droits du peuple,

l’insurrection est, pour le peuple

et pour chaque portion du peuple,

le plus sacré des droits

et le plus indispensable des devoirs".

Constitution du 24 juin 1793 - Article 35

Adresse originale de l'article : http://cambouis.cip-idf.org/spip.php?article595